Les origines
Le contexte historique de la création de l'abbaye est la fin des croisades, où Saint Bernard venait de fonder l'abbaye de Cîteaux, d'où les noms de "cisterciens" et de "bernardines" donnés aux religieux et religieuses de cet ordre.
carte des lieux concernés En 1207 une communauté d'hommes "Les Bons Hommes de Notre Dame du Bois de Bucy" s'établit à l'Ermitage à Bucy Saint Liphard, dans l'actuel Bois de Montpipeau. Ce couvent des bonshommes est supprimé en 1212, et l'évêque d'Orléans Manassès établit à leur place une communauté de religieuses de l'ordre de Cîteaux
En 1214, ces religieuses dénommées "Les Bernardines de l'Ordre de Cîteaux", ou Nonnes Blanches, s'installent à Voisins, cinq kilomètres plus au sud, pour bénéficier de l'eau qui manquait à l'Ermitage de Bucy. A cette époque, Voisins se trouvait aussi dans les Bois de Montpipeau et appartenait au seigneur Hugues II le Bouteiller.
Les nonnes de Voisins ont gardé pendant plusieurs siècles des relations avec leur ancien Ermitage, et un chemin direct joignait les deux sites à travers bois : c'est à Saint-Ay le "chemin de la forêt", maintenant coupé par l'autoroute.
Dès 1216 les nonnes reçurent en don toute la terre se trouvant "en dehors des murs et des fossés de Voisins", ce qui indique qu'il existait alors à Voisins une fortification avec murs et fossés. Cette donation fut confirmée la même année par l'évêque Manassès.

L'apogée, jusque 1350
Le couvent de Voisins acquit rapidement une grande prospérité par l'abondance des biens qu'il recevait des grands seigneurs et par les privilèges de toute sorte que lui accordaient les rois. Geoffroy Payen, sire de Montpipeau, fonda ensuite une chapellerie à l'Abbaye de Voisins pour la sépulture de son épouse Héloïse, afin de faire dire des messes en l'église de Voisins et il entendit y avoir lui aussi sa sépulture.
Les rois comblèrent l'abbaye de leurs bienfaits. Lorsqu'ils venaient chasser dans les environs de Voisins ils s'établissaient provisoirement à Chaingy, Bucy ou Montpipeau. Ceci n'était pas sans profit pour le monastère : celui-ci avait droit au dixième de ce qui se dépensait en pain et en vin à la table du prince pendant toute la durée de son séjour.

La vie monastique
Le couvent était administré par une abbesse qui devait avoir 40 ans d'âge et 8 années de profession. Sceau de l'Abbaye de Voisins au XIIIème siècle Elle avait sous ses ordres la prieure, la sous-prieure, la maîtresse des novices, puis l'économe et une cellerière, et devait faire appliquer strictement la règle sous peine d'être suspendue de ses fonctions. Elle gardait cette charge jusqu'à sa mort. Les religieuses Cisterciennes faisaient voeu de pauvreté. Elles étaient tenues de garder le silence, faisaient maigre toute l'année et jeûnaient souvent. On les ensevelissait à visage découvert.
Jusqu'en 1563 les soeurs du couvent élisaient l'une d'entre elles comme abbesse. Mais à partir de 1563, l'abbesse fut nommée par le roi, souvent en provenance d'autres monastères, et ne résidait pas toujours en permanence à Voisins. Il y eut 34 abbesses, parmi lesquelles Jeanne Payen de Montpipeau (9ème abbesse, vers 1333).
L'abbaye comprenait autour du cloître ( voir le plan) : au sud le logis de l'abbesse (transformé depuis pour devenir le château actuel), à l'est le bâtiment conventuel (cellules, réfectoire, etc), au nord une grande église. Cette église était prolongée à l'ouest par une chapelle partagée par la grille de la clôture conventuelle.

Les temps difficiles
L'abbaye eut beaucoup à souffrir des anglais qui l'incendièrent en 1358, après quoi la grande église ne fut jamais restaurée. Le Petit-Voisins à Orléans, 
venelle St Pierre Empont Il s'ensuivit des temps très difficiles, jusqu'au siège d'Orléans de 1428, où les religieuses ont plusieurs fois dû se réfugier dans une maison "Le Petit-Voisins" qu'elles possédaient entre la Rue des Pastoureaux et la Venelle Saint-Pierre-Empont à Orléans.
La Réforme, la Fronde puis le Jansénisme ont ensuite apporté chacun leur lot de perturbation à la vie monastique, si bien qu'à partir de 1749 il n'y eut plus d'abbesse. En 1774 il ne restait plus que trois religieuses et en 1777 une seule. Louis XVI ordonna dès 1774 à l'évêque de fermer du couvent, mais cet ordre ne fut pas exécuté immédiatement.

La liquidation
Après des difficultés juridiques de plusieurs années l'évêque prononça finalement le 26 septembre 1778 la suppression de l'abbaye de Voisins, et donna tous ses biens à celle de Notre-Dame-du-Lieu, près Romorantin.
Le curé de Saint-Ay, Denys Colas, reçut chaque année la somme de deux cent livres à charge d'acquitter les messes des fondations pieuses créées à Voisins. Parmi elles s'en trouvaient deux réclamées par Jean d'Orléans "pour remède de son âme". Les corps ensevelis dans le cloître furent exhumés (Geoffroy Payen et son épouse Héloïse en particulier) et déposés au cimetière paroissial, alors situé sur l'actuelle place de la Mairie.

Il y avait près de six cents ans que le monastère était installé à Voisins.

Le château de Voisins : de 1780 à nos jours

Le domaine de Voisins est mis sous séquestre et un commissaire chargé de le gérer et entretenir. Par sentence arbitrale rendue au baillage d'Orléans le 18 décembre 1781, le sieur François Mascharet Grammont, directeur des carrosses et messageries de France à Orléans, se rend acquéreur de Voisins avec un bail sans durée déterminée, mais en 1787 ce bail est renouvelé pour 27 ans à courir de la Toussaint 1788.
L'actuel château de Voisins C'est alors qu'interviennent les décrets royaux du 11 mars 1790 et 18 avril 1791, disposant que la nation rentre dans la plénitude de ses droits sur les biens de l'Eglise qui perd ainsi ses privilèges. La vente est fixée au 18 avril 1792.
Le sieur Mascharet Grammont fait opposition à la vente, arguant qu'il a fait de nombreuses plantations et accru par son travail la valeur des terres. Son opposition n'étant pas admise, il se rend acquéreur à l'amiable. A sa mort, Voisins est vendu par adjudication au tribunal civil d'Orléans.
L'ensemble abbatial, déjà partiellement en ruine, fut démantelé au début du XIXème siècle. Désormais l'ancienne résidence de l'Abbesse, seul bâtiment resté debout, est devenue le "Château de Voisins". Ce bâtiment a été restauré par les propriétaire successifs et amélioré pour en faire la demeure actuelle au milieu d'un beau parc traversé par plusieurs bras de la Mauve, jusqu'au décès de Monsieur Thodoroff en 1985, qui avait succédé au Marquis de Massimi.
Et depuis 2004, le château est le siège de "L'Association de L’Herboretum" régie par la loi du 1er juillet 1901, qui a pour objectif la mise en valeur, la promotion et le développement du monde végétal, et par extension de la nature, dans une perspective scientifique, éducative et culturelle.

Que reste-t'il de l'ancien monastère ?


Sur les lieux mêmes, rien. Certains éléments d'architecture ont été transportés et remployés ailleurs au début du XIXéme siècle :

  Les lucarnes-mansardes remployées en linteaux   Les piliers réutilisés à la Grand-Cour   La croix du cimetière


Sources

Histoire de l'Abbaye de Voisins - Ordre de Cîteaux, diocèse d'Orléans
par A. du Faur, Comte de Pibrac - Editeur H. Herluison, Orléans, 1882
Cet ouvrage est consultable à la Médiathèque d'Orléans